Président ou prés-IA ?

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Et si notre prochain Président de la République n’était pas un humain comme vous et moi, mais une intelligence artificielle ? Lui feriez-vous confiance pour vous gouverner ?

Un pari fou qui pourrait régir notre futur ?

Quelques exemples récents nous mènent à penser que ce qui apparaît comme une lubie, pourrait en fait être notre futur. En 2016, l’artiste Aaron Siegel annonce la candidature de Watson, la solution d’intelligence artificielle d’IBM, à l’élection présidentielle des Etats-Unis. L’aventure n’ira pas plus loin qu’un site Web et quelques articles de presse. Mais c’est la première fois que l’idée est portée sur le devant de la scène, et mine de rien : elle séduit. En effet, en 2018, Michihito Matsuda présente sa candidature à la mairie de Tama, au Japon, et déclare qu’il laissera la place à l’I.A. s’il est élu. Il perd, mais obtient tout de même 9,31 % des suffrages, sur une ville qui compte plus de 150 000 habitants.

Un chercheur américain controversé, Ben Goertzel, ancien directeur du Machine Intelligence Research Institute et CEO de plusieurs entreprises dédiées à cette technologie, prédit même qu’un système d’intelligence artificielle pourrait être élu d’ici 2040, même s’il ne précise pas dans quel type de circonscription.

Socialement parlant, certains y songent déjà et l’idée semble séduire, alors que ces technologies ne cessent de se perfectionner.

La politique assistée par I.A. est-elle en train de prendre racine ?

Si la capacité d’une I.A. à emmagasiner et à traiter une quantité d’information importante est indéniable, et semble constituer un atout pour la politique, pourrait-elle réellement gouverner ? Cédric Villani, lauréat de la médaille Fields en 2010, député de l’Essonne et auteur d’un rapport gouvernemental sur l’I.A., répond partiellement à cette question. Il déclarait notamment en ce début d’année, dans le numéro 25 de la revue Charles ( trimestriel consacré à la vie politique française) : « Même si tout n’est pas encore clair, l’IA pourrait devenir très utile en matière de politique, pour ce qui est du lien entre citoyen et Etat, notamment ». L’expert envisage en effet son usage pour répondre aux questions du public. « Nul n’est censé ignorer la loi – mais la loi est un ensemble de textes incompréhensibles. » et il imagine donc un chatbot qui passerait en revue tous les articles de nos épais codes afin d’en extraire une réponse substantielle. Cette perspective semble convaincre, car selon un sondage OpenText réalisé en ligne auprès de 2.000 personnes en janvier dernier, il apparaît que 18 % des Français estiment que « l’IA pourrait faire de meilleurs choix que les élus, à condition que la décision finale revienne à un être humain  » et 41 % des Français pensent « que l’I.A. entrera au Gouvernement d’ici 5 ans ». Si le potentiel calculatoire et même, pourquoi pas, décisionnel de l’I.A. semble convaincre, il n’en demeure pas moins l’existence de certaines limites que l’on ne peut ignorer.

I.A oui, mais…

Au regard des critiques adressées à la sphère politique ces dernières années (partialité, absence de réalisme quant à la vie quotidienne des citoyens, malhonnêteté financière et intellectuelle…), l’idée de conduire des politiques dites “impartiales” et “objectives”, réalisées notamment grâce à la récolte et l’analyse de données, pourrait bien convaincre. Hyper-rationnelle, infatigable, incorruptible, autant de « qualités » pourraient qualifier l’I.A. et offrir aux édiles la possibilité de prendre des décisions optimales en un temps record. Pourtant, la question de l’impartialité se pose. Lorsque l’on met ce projet en perspective avec l’expérience menée par Microsoft en 2016 avec son chatbot Tay, et que l’on constate à quel point il a été facile pour les Twittos de la pervertir à des idées racistes et violentes, les limites de l’I.A. semblent se dessiner.

Si l’on considère que ce type de défaut pourrait être résolu par la recherche et le progrès technique, il s’agit d’envisager la dimension diplomatique, humaine et éthique que poserait ce type de solution.

Une machine pourrait-elle nous représenter et défendre notre image à l’international ?

Une machine est-elle en capacité de produire une politique globale pensée, construite, mais surtout, serait-elle capable de convaincre le peuple de son bien-fondé ?

A une époque où la communication politique semble essentiellement être une question d’image et de charisme, un non-humain serait-il en mesure de remporter une élection majeure ?

Mais la vraie question aujourd’hui est d’ordre éthique : serions-nous prêts à laisser une machine décider de notre vie et de celle de millions de personnes ?

Sources : lesechos.fr, Opentext.fr, revuecharles.fr

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