Le Chief Happiness Officer : Couteau suisse de la Com Corporate ?

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Le métier de Chief Happiness Officer, apparu pour la première fois sous ce terme en 2009 en Belgique, se développe peu à peu en France et suscite de nombreuses questions. Est-ce utile ? Peut-on réellement être responsable du bonheur des autres ? Qu’est-ce concrètement ?

Stress, harcèlement moral, burn-out, dépression, l’apparition du métier de CHO fait écho à la vague de suicides qui a eu lieu en France entre 2006 et 2009 ainsi qu’au sentiment pour le moins surprenant de travailleurs qui, de plus en plus, refuseraient de “souffrir” au travail. Les prémices du métier CHO sont portées à la connaissance du public en France par l’association Entreprise et Convivialité, créée en 2007, dans l’optique de favoriser le bien-être individuel et l’efficacité collective. Jusqu’en 2015, des prix de la convivialité et de la qualité de vie au travail étaient distribués aux entreprises les plus méritantes. Plusieurs études, comme celles menées par les universités de Warwick ou d’Harvard, attestent la corrélation entre bien-être, productivité, et assiduité. Il n’est donc pas anodin que des entreprises comme Mars France ou Leroy Merlin, régulièrement lauréates et à la tête du palmarès Great place to work , engagent un Chief Happiness Officer dans leurs services. Alors qu’en avril 2018 le réseau LinkedIn ne recensait pas plus de 600 CHO, ce titre apparait aujourd’hui sur 5 936 résultats, montrant ainsi l’essor que connait le métier en France.

 Comme à la maison

Le Chief Happiness Officer (CHO) a pour principale mission de rendre inexistante la routine pour les salariés et d’être le garant de la bonne productivité de l’entreprise grâce au bien-être. Le but est de créer une expérience collaborateur qui donne envie à l’employé de se lever pour aller au bureau et d’en ressortir satisfait de sa production. Chez Boiron, on va jusqu’à nommer le manageur du bonheur le “ maître de maison”, à l’image de la personne qui fait en sorte que le séjour soit convivial, comme au Club Med. Sophie Magnillat, la CHO, en témoigne et lorsque son employeur l’a embauchée, il lui a expliqué “qu’il s’agissait de contribuer au bien-être des salariés, pour qu’ils se sentent comme à la maison”. Il faut savoir que le CHO n’a pas de tâches fixes mais doit tout faire pour atteindre un seul but : faire de son lieu de travail un espace dans lequel il fait bien-vivre. Il s’agit d’un métier créé autour d’une personnalité, car le savoir-être est le principal enjeu de ce poste. Le caractère d’une personne patiente n’étant pas suffisant pour exercer la fonction, il existe des formations spécifiques comme celles organisées par l’Université du Bonheur au Travail (UBAT) qui ont lieu une fois par an depuis 2015.

 

Une fonction transversale

Random lunchs, tournois de ping-pong, changement de déco, le CHO c’est un peu le renouveau de la communication interne. Avec des tâches variées pouvant aller de la préparation du café à l’organisation de séminaire, le CHO agit sur l’expérience collaborateur au sein d’une entreprise en proposant au quotidien des améliorations pour que ses employés se retrouvent dans des conditions de travail optimales. C’est donc une fonction transversale et aléatoire. D’ailleurs, selon un sondage de Joblift, dans 23% des cas, le poste est en lien avec les services Marketing et Communication et 17% avec les Ressources Humaines.

 

Un métier mal jugé ?

Davantage considéré comme une tendance, ou un leurre pour donner une image positive de l’entreprise ou mieux exploiter ses employés, le métier de CHO interroge fortement les professionnels, notamment les RH et Communicants qui semblent quelque peu dubitatifs. Peut-on réellement être responsable du bonheur des autres ? N’est-ce pas un métier un peu trop niais ? En réalité, le terme “ Chief Happiness Officer” ne doit pas être traduit littéralement, ceci explique d’ailleurs les nombreuses appellations que connait la fonction. En effet, le concept nait aux Etats-Unis vers 2000, dans l’entreprise Google au sein de laquelle Chade-Meng Tan était appelé “Jolly Good Fellow”, en français : “super bon camarade”.

Le métier de CHO essuie de nombreux reproches. Il est par exemple accusé de discrimination et d’exclusion envers les casaniers, les solitaires ou les réservés ; ou encore d’ordonner le sentiment du bonheur comme une injonction suprématiste d’un idéal de vie partagé par tous. Après tout, le magazine Society nous a montré l’exemple insolite du bourreau du bonheur qui imposait à ses collaborateurs détox et séances d’abdos sous influence de sa propre vision du bonheur. Bien-sûr, s’il est supposé favoriser les échanges et renforcer l’esprit de communauté dans l’entreprise, il s’intéresse également à ses collègues employés. La création d’un attachement émotionnel pour engager les salariés dans la dynamique d’une synergie positive ne passe-t-elle pas par l’écoute individuelle et par l’adéquation des réponses apportées aux craintes, attentes, plaintes, et désirs ?

Si aujourd’hui l’enjeu est double en ce qu’il concerne tout autant le bien-être des salariés que les profits qu’on peut en tirer, on peut continuer de rêver que c’est l’altruisme qui a permis l’avènement du CHO. Il s’agirait alors moins de forcer les salariés à être heureux que de créer un espace plus sain dans lequel l’état émotionnel de chacun serait entendu, compris, et accepté.

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